INTERVIEW DE FLORENCE VALERIE FOX

Pourquoi avoir écrit ce roman ? Qu’est-ce qui vous en a donné l’idée ?

Arrivée aux USA depuis peu, à l’époque de la genèse du roman, et forte d’un techno-thriller co-écrit avec mon époux l’année précédant ce changement de continent et de statut, j’ai reconnecté avec mon rêve d’adolescence de devenir écrivain.

Un conjoint fréquemment en déplacement, des enfants en bas âge, etc. La gestion de la vie courante n’avait rien de nouveau, si ce n’est l’adaptation à un pays, une culture, une mentalité, des autoroutes et un mode de vie différents. Le jetlag perdurant, au creux de mes nuits trouées d’insomnies, je commençais à me poser la question suivante : « Que se passerait-il si je tombais dans le coma ? Et que laissais-je après moi? ».

Cela couplé à des questions plus générales sur ma place dans la société, mon rôle, mes aspirations profondes trop longtemps reléguées au second plan derrière la carrière de mon conjoint, les devoirs inhérents à mon état d’expatriée qui a suivi son mari dans un changement de poste à l’étranger.

On laisse son emploi, ses amis, une structure de vie bien rôdée, des codes sociaux familiers, sa famille et sa belle-famille, pour se mettre au diapason d’une logique de vie autre, centrée autour de la carrière du conjoint que l’on suit. Comme beaucoup, j’ai fait passer les autres avant moi (famille proche et plus élargie) et longtemps, sur tous les plans. Et un jour on se demande : « et moi dans tout ça? ».

Même si je suis heureuse d’être plutôt le pilier du quotidien pour cette vie de famille quand mon époux en est davantage le pilier financier (et que nous sommes ensemble une équipe éducative), vient le moment où l’on a besoin d’une reconnaissance extérieure gratifiante et une réelle sensation de satisfaction personnelle, au plan intellectuel ou professionnel.

J’arrive à un moment de ma vie où je me pose la question de savoir « Quel sera le legs que je laisse ? Quelle a été ou est ma contribution ? Quels sont mes accomplissements personnels et professionnels, dont je puisse être fière? »

Ces questions donc ont commencé de tourner en moi, et un sentiment d’urgence est venu très vite en doublure de ces rides qu’on voit apparaitre au coin des yeux et des interrogations que l’on n’arrive plus à repousser. Il faut accepter de décortiquer cela pour trouver une réponse ou une solution à ses angoisses existentielles de transition de vie.

Quels sont les principaux messages que vous aimeriez refléter à travers votre livre?

D’abord que l’expatriation n’a rien de si « exotique » et magique au quotidien, une fois passés la découverte et l’enchantement, parfois, d’une culture totalement ou moins radicalement différente de la sienne, contrairement à ce que la famille ou les amis restés au pays peuvent penser (souvent malgré eux).

Ensuite que la femme expatriée peut-être plus fragilisée que la femme restée dans son pays d’origine, à cause notamment de la barrière de la langue et de la législation du travail.

Enfin, que inconsciemment, les membres de la famille se reposent matériellement et psychologiquement beaucoup sur la femme, mère et épouse, parfois très impliquée à l’école aussi, ou dans la communauté, pour faire exister la vie sociale de la famille. Cela peut devenir très prenant et épuisant, si elle-même ne trouve pas de moyen de se ressourcer et /ou de s’épanouir au plan personnel ou professionnel.

Un autre message : les questionnements du conjoint expatrié sur le sens de sa vie, sa contribution dans le monde, ses aspirations profondes ou répondre à sa vocation ne se dissolvent pas sous le soleil de l’expatriation. Ces interrogations ne connaissent ni frontières, ni circonstances socio-économiques, familiales ou professionnelles et n’épargnent personne. Homme ou femme, personne n’est à l’abri d’une remise en question angoissante et douloureuse.

En quoi cet ouvrage peut-il aider les expatriés ?

« Quarantaine Blues » raconte deux expériences personnelles, selon deux points de vue. Une approche masculine identitaire d’un « local », père d’un ado difficile, divorcé, qui ne trouve pas sa place dans un rôle familial et professionnel qui n’est pas le sien. Et une approche plus existentielle, qui touche à plusieurs strates de la fondation de la personne, par le biais d’une femme expatriée, épouse, mère de famille et confinée dans un rôle de gardienne des valeurs de la famille, sans que sa voix ne puisse faire entendre le malaise intérieur qui la ronge depuis plusieurs années. Dans un cas comme dans l’autre, la situation est subie et tolérée mais devient de plus en plus insupportable.

Le clash avec le vide intérieur et la pression des attentes extérieures devient inéluctable, comme la confrontation. La personne expatriée est sans doute plus isolée pour des raisons évidentes : la famille est loin, les amis (d’enfance ou plus récents) aussi; une fragilisation peut se faire jour.

Un partage des difficultés ou des interrogations n’est pas toujours facile à établir ou à vivre dans ces conditions. Savoir que d’autres vivent ces crises permet de relativiser, de trouver la ressource en soi ou d’envisager une amorce de réponse.
Ce livre peut aider les expatriés à se sentir compris et entendus, leur histoire ou leurs difficultés sont mises en mots, et c’est parfois un soulagement de ne pas se sentir seul à vivre une situation donnée. A mettre des mots sur les maux, l’écrivain connecte les lecteurs à la fois entre eux et à une réalité. Et, par l’imagination, chacun enrichit son jardin intérieur et sa vie de toute sorte de possibilités plus satisfaisante.

Propos recueillis par Virginie Houet

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Florence Valérie Fox est un auteur primé (David Burland International Poetry Prizes 2013 et 2014) qui écrit en français et en anglais. « The Balding Club et other shorts stories » est paru en décembre 2013. Un recueil de poésie et un techno-thriller vont paraître prochainement. Elle est membre du board de Houston Expat Pro, vit à Houston, Texas et publie des articles sur le cinéma, les séries TV et les événements culturels.